RAPPORT S.V.A.A

ETUDE DE LA SITUATION DU

Western Hoolock Gibbon

NORD-EST INDIEN

MEGHALAYA

GARO HILLS

SOMMAIRE

I Introduction.

II Situation géographique, socioculturelle, économique et politique.

1 Situation géographique

2 Situation socioculturelle.

3 Situation économique.

4 Situation politique.

III Situation des populations de gibbons hoolock et de leur habitat.

1 Généralités.

2 Places étudiées.

3 Menaces.

IV Solutions

1 Sanctuaire

2 Sensibilisation et aide à la culture durable

3 Protection de la faune et de la flore

V Conclusion

I Introduction.

Cette première étude du Gibbon Hoolock en Inde a débuté le 14 février 2007 avec notre arrivée à Calcutta. Nous avons ensuite rejoint le Nord afin de nous rendre dans les états du nord-est indien, états regroupant les seuls populations du hoolock indien, mais également région à visa spécifique et en proie à des troubles séparatistes de divers degrés.

Notre choix pour cette étude s’est concentré sur la région du Meghalaya et plus particulièrement sur les trois districts Garo hills ( est, ouest et sud ).

Dans ce rapport, nous vous proposons, dans un premier temps, de nous entretenir sur les rouages qui composent cette région très riche tant sur le plan géographique que sur le plan ethno-culturel.

Puis aidés de ce fil conducteur, nous remonterons au cœur du problème, celui de la situation du hoolock et de son habitat.

Pour finir, nous tenterons ensemble de définir les plans nécessaires à la survie de ce grand singe des forêts de mousson de l’Asie centrale.

II Situation, géographique, socioculturelle, économique et politique.

1 Situation géographique.

Le Meghalaya s’étend entre 25º et 26°15 de latitude nord, 89°45 et 92°47 de longitude est.

Il est bordé au nord et à l’est par l’état d’Assam, au sud et à l’ouest par le Bangladesh. Shillong est la capitale du Meghalaya et aussi les quartiers généraux des Khasi Hills. Elle est située à 1496 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Les températures varient entre 15°C et 40°C en été et entre 4°C et 16°C en hiver.

Les collines sont couvertes de brouillard durant cette saison.

Le point le plus haut du Meghalaya est le  Shillong peak s’élevant à 1965 mètres d’altitude et situé à 10 kilomètres de la ville de Shillong.

Lorsque les Anglais contrôlaient l’Inde au 19ème siècle, Shillong fut un refuge pour ces derniers contre la chaleur des plaines.

Aussi, la capitale devint un centre d’éducation et, comme les missions chrétiennes s implantèrent également, les peuples du Meghalaya adoptèrent en grande majorité la religion chrétienne.

  2 Situation socioculturelle

L’état du Meghalaya, à l’instar des six autres états du nord-est indien, est une région culturellement très riche, car elle abrite trois grands groupes ethniques aux cultures bien spécifiques : Les Garos, à l’ouest ( Garo hills ), les Khasis à l’est ( Khasi hills), et les Jaintias au sud ( Jaintia Hills).

Ces populations se distinguent par une langue, une culture et un mode de vie différents les uns des autres.

Notre étude s’étant déroulée à l’intérieur des Garo hills ; nous nous concentrerons donc davantage sur cette population.

Les Garos sont le deuxième plus important groupe ethnique au Meghalaya après les Khasis, un tiers de la population locale.

Cependant, on les retrouve également en minorité dans l’état d’Assam et au Bangladesh (environ 200 000).

Avec l’arrivée des anglais au 19ème siècle, les Garos se sont convertis au christianisme et le sont encore de nos jours en grande majorité (principalement baptiste et catholique romain, mais nous trouvons également d’autres confessions comme les anglicans).

Cependant, traditionnellement, les Garos étaient Hindu-animistes (en d’ autres termes, ils possédaient plusieurs dieux),et aujourd’hui, très peu d’entre eux suivent toujours ces croyances.

A cela s’ajoutent des croyances en rapport avec leur environnement naturel et la faune.

Prenons l’exemple des villages sacred forest.

Ces villages ont la particularité de respecter leur environnement naturel ( faune et flore) selon des termes que nous définirons par la suite.

Un autre groupe se différencie du reste des Garos, ce sont les Atongs .

Leur langue diffère peu du Garo (seule la prononciation change), mais ils possèdent un mode de vie et une culture à part.

Cependant, eux aussi sont majoritairement chrétiens, bien que l’on retrouve également des croyances Hindu-animistes parmi eux.

De plus, nous observons également des disparités à l’intérieur de la société Garo.

Certains d’entre eux, plus aisés, ont adopté un mode de vie à l’occidentale alors que d’autres, dans les villages ou au sein des classes les moins aisées, ont conservé un mode de vie beaucoup plus traditionnel.

La jeune génération idéalise l’Occident mais nous constatons également un attachement à ce qui reste de leur culture (telles les danses traditionnelles au mois de novembre après la saison des pluies), et leur langue, le Garo qu ils continuent à apprendre dans les écoles.

Même si l’anglais est la langue officielle du Meghalaya, il reste surtout parlé dans les villes.

Le Garo est une langue Bodo de la famille Bodo-Naga-Kachin, d’origine Sino-Tibétaine.

Traditionnellement, la langue, les coutumes, et les croyances sont transmises oralement, cela explique la perte d’une partie de cette culture avec l’arrivée des missionnaires.

Historiquement, les Garos sont venus du Tibet vers le Meghalaya, il y a environ 400 ans, traversant le Brahmapoutre, ils se sont peu à peu sédentarisés dans la vallée et aux abords du fleuve.

Les premiers écrits à propos de ce peuple remontent au 19èmesiècle, ils sont décrits comme : « des sauvages assoiffés de sang, habitant des collines couvertes d’une jungle impénétrable… ». Ils avaient la réputation d’être des chasseurs de têtes. Vision de missionnaire…

Les Garos ont pour tradition de brûler la forêt aux abords des villages et de construire des tours d’observation dans les arbres pour se protéger des tigres et des éléphants dont ils gardent une crainte ancestrale encore bien présente aujourd’hui. Aussi les témoignages de ces constructions arboricoles faites de bambou sont toujours d’usage.

De plus, nous ne retrouvons pas le classique système de caste hindou, toujours bien en usage de nos jours en Inde mais, au contraire, une société plus libérale et même matriarcale dans le sens ou l’on retrouve la liberté sexuelle chez les femmes et ou ces dernières héritent directement de leur mère.

L’on constate aussi que l’éducation au Meghalaya est plus importante que pour le reste de l’Inde et la grande majorité des enfants ont ainsi accès à la scolarité, même au sein des villages reculés où des pistes sont tracées et des bus disponibles. Cependant, un grand nombre d’entre eux reste très peu scolarisé voire pas du tout.

3 Situation économique

La situation économique de l’état est difficile à définir tout comme le salaire moyen qui serait, cependant, légèrement plus élevé que pour le reste de l’ Inde ( 1500 Rps par mois soit 30 euros).

Le gouvernement, selon les articles des journaux locaux, a une mauvaise gestion et 45% des ressources financières seraient destinées aux employés du gouvernement les plus haut placés. A cela, s’ajoutent un laxisme et une léthargie de la part des autorités qui plongent cette région dans un isolement qui rend l’Etat dépendant du Bangladesh voisin et totalement de l’Assam (aucune industrie, ni aéroport, ni station de train).

De plus, la saison des pluies, qui dure de mai à début novembre, oblige, durant cette saison, le Bangladesh à réapprovisionner les villages en nourriture (notamment près du Parc de Balpakram).

Par ailleurs, d’autres villages sont laissés sans eau courante ni électricité, les installations n’ayant jamais été achevées (ex de Siju). Les services de bus quotidiens insuffisants proposent des véhicules insalubres obligeant la population à s’entasser à l’ intérieur et jusque sur le toit. De plus, ces bus ne peuvent circuler durant la saison des pluies.

Cependant, le Meghalaya possède pourtant des ressources naturelles comme la production d’oranges et l’exploitation de la « Black stone » dont il est le premier importateur. Ses ressources touristiques (caves, Parc national riche en faune et en flore, festivals traditionnels) sont également des arguments de poids qui pourraient générer un tourisme important mais très peu d infrastructures et de moyens permettent d’accueillir les touristes dans de bonnes conditions.

4 Situation politique.

L’Etat du Meghalaya possède son propre gouvernement, ses propres lois et institutions.

Le Chef Ministre de la région est le Dr D.D Lapang et le Gouverneur
Mr MM Jacob. Ce sont les deux personnalités les plus haut placées de l’Etat. Toutefois, cet Etat est tout de même régit par le gouvernement central de Delhi, ce qui explique, en partie, le fait qu’au Meghalaya, comme dans les autres Etats du nord-est, l’on retrouve des revendications indépendantistes à différentes échelles. Ces régions étant très différentes culturellement, elles vivent parfois difficilement leur rattachement à l’Inde.

III Situation des populations de gibbons hoolock et de leur habitat

1 Généralités

Le Gibbon hoolock ou WHG ( western hoolock gibbon, hoolock, hoolock, hoolock) est le seul hylobates que nous trouvons en Asie centrale. Sa répartition va de l’est indien au Bangladesh jusqu’au Myanmar. Présentement, c’est des états du nord-est indien et, plus précisément, du Meghalaya et des districts Garos Hills ( est, ouest et sud) dont il est question.

Le premier constat que l’on a, avec ce qui touche directement le WHG en arrivant dans cette région du Meghalaya, c’est l’éclatement des forêts et l’anarchisme du paysage. Il est important d’ores et déjà de le noter, car cela nous permet de mieux cerner la situation du Hoolock.

Cette disparité des emplacements forestiers et cette déforestation sans borne sont la cause de plusieurs faits importants à noter.

1.1 Le territoire vital du WHG, soit la grande forêt primaire où ce dernier peut trouver les fruits et les arbres nécessaires à ses besoins nutritionnels et sociaux quotidiens sont gravement menacés. Ils ne communiquent plus entre eux et s’il existe des parcs nationaux dits protégés, ces derniers ne sont aucunement à l’abri d’actes de braconnage et de déforestation, cela étant dû au laxisme des autorités forestières.

1.2 Ce morcellement des espaces forestiers entraîne le morcellement des populations de WHG. Les chiffres parlent d’eux-mêmes :36 localisations pour 165 individus dans les Districts Garo Hills ( PHVA Report 2005, research report Dr Sati April 1990, SVAA 2007), ce qui est effrayant d’autant que certaines sources datent de 1990 et de 2005 et que nous savons d’ores et déjà que la situation n’a pas évolué de manière positive.

 2 Places étudiées par la S.V.A.A de févriern à avril 2007

Les places étudiées par la S.V.A.A au sein des districts Garo Hills de février à avril 2007 sont les suivantes :

2.1 Siju Wildlife Sanctuary

2.2 Balpakram National Park

2.3 Village sacred forest, alentours de Tura.

2.1 Siju Wildlife Sanctuary

Les premiers constats sur cette petite parcelle de forêt dite protégée, de
5 Km2 sont plus que préoccupants .

Absence totale de protection de la part des autorités forestières locales ( Bagmara wildlife office).

La présence d’au minimum un groupe de gibbons est plus que probable puisque nous avons pu entendre les chants le premier jour de notre séjour sur place. Cependant, la semaine qui a suivi a plongé la forêt primaire dans le silence et nos efforts, tant à travers la jungle que par les voies fluviales afin de les localiser, sont restes vains.

Les chiffres officiels les plus optimistes parlent de 12 individus ( PHVA Report 2005), les moins optimistes de 5 individus en 2 groupes ( Research Report Dr Sati April 1990). Cependant, il est probable, aux vues de l’intensité des chants (car il est clair que le Gibbon chante plus souvent lorsque son territoire est près de celui d une autre famille, puisque celui-ci a vocation de défense territoriale), de la taille de la zone et du manque de protection, qu’il ne reste qu un seul et unique groupe à Siju.

2.2 Balpakram National Park

Le constat à Balpakram est sensiblement, au niveau de la protection de la part des autorités forestières locales (Bagmara Wildlife Office), le même qu’à Siju à la différence, non des moindres, que le Parc National représente
395 Km2 de territoire dit protégé.

Nous avons pu étudier la situation de deux localités précises à l’intérieur de Balpakram :

Emplacement dit du « Grand Canyon ». Relié par une piste de 12 Km au Range Office, cet endroit est le cœur du Parc National de Balpakram. Nous avons pu entendre de nombreux chants, ce qui a pu mettre en évidence la présence de trois groupes au minimum, peut être plus. Aucun contact visuel, cela étant dû à la densité particulièrement importante à cet endroit de la forêt et au terrain particulierement accidenté. Cependant, un bémol est à ajouter à ce qui semble être une forteresse naturelle : des voies fluviales. Asséchées durant notre séjour, elles représentent pourtant une aubaine pour le marche noir Bangalais durant la saison des pluies. En effet, des hommes emploient ces voies de mai à septembre afin d’alimenter les zones devenues impossibles d’accès par la route, en nourriture et matières premières en provenance du Bangladesh. Le revers de la médaille de cette solution pourtant précieuse aux populations locales est que, par manque de protection de ces rivières, ces hommes ne repartent que rarement les mains vides : bois et espèces protégées dont le WHG, alimentent ainsi les marchés illégaux de Dhaka.

Sud de Balpakram National Park. Cette zone particulièrement riche (éléphants, langurs, gibbons hoolock, léopards…)et dense, ne bénéficie pas de barrière naturelle, et chaque jour, cet espace diminue au profit du village implanté en bordure. Notre travail au sein de cet espace a pu mettre en évidence la présence de deux groupes au minimum avec des chants certes journaliers mais courts dans le temps (2 a 3 minutes). C’est à cet endroit, le dernier jour de notre séjour sur place, que nous avons eu notre premier contact visuel avec deux individus. Les chiffres les plus optimistes, à propos de Balpakram, parlent de 18 individus en 5 groupes ( Research Report Dr Sati April 1990), les moins optimistes de 15 individus (PHVA Report 2005).

Selon nous, il est probable que le nombre de groupes à Balpakram dépasse les 5 car ce chiffre est celui auquel nous sommes arrivés sur un terrain surveillé de 10 Km2 environ, ce qui laisse espérer une présence du Gibbon plus importante au sein de Balpakram.

3 Village sacred forest, alentours de Tura.

C’est à cet endroit que nous avons pu avoir le plus beau et le plus long contact avec un groupe de WHG (précisément près de Rengsangri village).

Si cette famille n’est pas directement menacée, car ces villages considèrent la présence du Hoolock comme un bon présage, sa situation n’en est pas moins préoccupante. En effet, son territoire se trouve terriblement amoindri (forêt secondaire, plantations fruitières)et de ce fait, le WHG se trouve indirectement lié aux populations humaines.

De plus, l’éclatement forestier, réduit, voire empêche les jeunes de coloniser de nouveaux territoires ce qui met en péril l’extension du hoolock (Certaines places sans connexion sont cependant viables mais restent inoccupées).

3 Les menaces

Les menaces sur le WHG dans un schéma Passé/Présent/Futur sont nombreuses et seront, sans doute, la cause de l’extinction de l’espèce dans cette région du monde si aucunes mesures sérieuses et réelles de protection et de conservation ne sont entreprises.

La déforestation : Passé/présent/futur. La culture de subsistance, la politique de la terre brûlée, afin de se protéger de la jungle et de ses occupants (tigres, éléphants,) le commerce de bois de chauffe et de bois précieux, sont les principaux acteurs de la déforestation au Meghalaya. Il semble que les zones de forêt primaire, en dehors des zones dites protégées par le gouvernement, sont quasi anéanties ou extrêmement parsemées. En outre, les zones de parcs nationaux, réserves forestières et sanctuaires de vie sauvage ne bénéficient pas de la protection nécessaire et s’exposent également de manière sérieuse à des menaces. Les scientifiques indiens, travaillant sur ces phénomènes et sur des solutions d’agriculture durables, prédisent, qu’à ce rythme et, avec l’augmentation démographique, le Meghalaya aura perdu sa couverture forestière d’ ici 30 ans.

Eclatement des espaces forestiers. Passé/présent/futur. Directement lié à la déforestation, ce phénomène isole des populations de WHG au sein de territoires sans communication les uns avec les autres ce qui a comme effet direct la difficulté, si ce n’est l’empêchement pour les jeunes gibbons de créer de nouveaux territoires et ainsi d’étendre les zones d’habitat du Hoolock. En effet, aujourd’hui des zones susceptibles d’accueillir des populations sont vides de ces dernières.

Braconnage. Pourtant inscrit en annexe I de la Convention de Washington et protégé en Inde par la Wildlife (protection)Act de 1972, le WHG reste malheureusement très menacé dans le Meghalaya pour plusieurs raisons.

 Animaux de compagnie. Passé/présent/futur. La vente de primates sur les marchés noirs indiens mais aussi, et surtout, bengalais (nous avons pu observer la détention à deux reprises de macaques rhésus, espèce également inscrite à la Convention de Washington et à la Wildlife act, chez l’ habitant, près de Siju, zone dite protégée) est quelque chose de courant. Et même si les Gibbons se font plus rares, ils ne sont cependant pas épargnés. Pour information, des particuliers possèdent chez eux un hoolock en animal de compagnie à Tura et à Shillong.

 

Viande de brousse. Passé/présent /futur . Si les témoignages ressortis lors de notre enquête sont nombreux sur le fait que ces populations consommeraient le hoolock (Garo, Naga, Mizo) : « Il y a dix ans, vous auriez entendu les chants de la ville, il y avait beaucoup de Gibbons, mais les gens sont montés et les ont chassés pour les manger, maintenant il n’y en a presque plus… », sont les propos d’un professeur d’université de la ville de Tura. Cependant, cela n’étant pas clairement établi, nous resterons donc prudent sur ce terrain. Quoi qu il en soit, même si cela n’est peut-être plus d’actualité (ceci étant hypothétiquement influencé par le nombre très bas des populations actuelles de WHG), la pratique a sans doute existé.

IV Solutions

1 Sanctuaire et programme de réhabilitation.

Un projet de sauvegarde et de réhabilitation, quel qu’il soit, doit pleinement prendre conscience de la fragilité de son action. Le risque de toucher des populations sauvages par des maladies nouvelles, transmises par des populations réintroduites, peut transformer une initiative de conservation en une des raisons de l’extinction de l’espèce !

C’est pourquoi, des structures et des moyens doivent s’ajouter à une gestion et à un suivi vétérinaire irréprochables.

                1.1La structure

Avant toute chose, le projet doit vivre de manière concrète. La réalisation d’un sanctuaire est donc le premier but à atteindre : il sera en quelque sorte le « centre » du projet, tout au moins au début.

Pour ce qui est de l’aménagement, certaines choses sont primordiales :

 Bâtiment de bois, permettant d’offrir le minimum nécessaire à la réalisation de « travaux » en forêt, quelle que soit la forme de ces derniers (de nature scientifique, de sauvegarde, soins, préparation et stockage de nourriture….)

Volières permettant plusieurs actions : la séparation des nouveaux arrivants et des pensionnaires déjà présents sur le site : mise en quarantaine. La formation de groupes puis de couples, le maintien de la protection des gibbons captifs et des groupes sauvages. L’observation.

Une « nursery » en prévision des naissances.

Voilà ce qu’il en est au niveau de la structure minimale en attente d’autres développements.

1.2 Soins, dépistage des maladies et réhabilitation

Comme nous en faisions état précédemment, le suivi vétérinaire est un peu la clef ou l’une des clefs de la réussite du projet. La transmission de maladies aux espèces libres peut s’avérer dramatique et terriblement destructrice. En vue d’une réintroduction, toutes les mesures de prévention sanitaire doivent s’appliquer à la lettre.

De plus, l’état souvent critique des nouveaux arrivants (maladies chroniques, blessures, mauvais traitements..) exige des soins dans les plus brefs délais.

 Dès leur arrivée, les animaux doivent être placés en quarantaine où ils recevront soins, nourriture et seront soumis à des examens cliniques et de laboratoire: bilan complet, analyse parasitaire, sérologie…à cela s’ajoute des soins tels que la vermifugation, la vaccination.,la différenciation des espèces et un bilan psychologique ( degré d’imprégnation).

A la suite de la quarantaine, les animaux atteints de maladies graves ou devenus inaptes à la réintroduction ne bénéficieront malheureusement pas du programme de relâcher et resteront au sanctuaire.

 Concernant les animaux sains, des groupes seront constitués dans l’objectif de les rendre indépendants et libres dans la forêt du site du relâcher.

 L’essentiel de la réhabilitation se déroule en volière. Le projet ne consiste pas en une simple réintroduction. Il doit avant tout mettre en œuvre un processus d’apprentissage qui permette de faire réémerger des comportements naturels indispensables à la survie de l’individu dans la nature : alimentation, déplacement, vie de couple, chants.

La réhabilitation prendra plusieurs années et se départage en différentes étapes :

 1 – Observation, prélèvements et analyses génétiques. Sélection des animaux selon les critères de l’âge, du degré d’imprégnation et de la santé. Soins et isolement des animaux atteints de maladies chroniques ou trop jeunes (sevrage).

2 – Cette étape consiste en la formation de groupes (3 à 4 individus) dans de grandes volières. Cela a pour but l’observation des contacts sociaux, afin de déterminer les filiations dans la perspective de former des couples. Cette étape s’accompagne d’une diminution du contact visuel avec l’Homme.

 3 –La troisième et dernière étape de la réhabilitation est la formation des couples. En effet, les comportements sociaux complexes des gibbons obligent à procéder comme tel car, le relâcher d’un individu seul est très compromis voire irréalisable (sauf éventuellement dans le cas d’une femelle).

 Le Gibbon est monogame et le groupe social comprend souvent le couple et quelques jeunes (2,3), évoluant sur un territoire d’environ 30 ha. Aussi, il est clairement établi qu’un individu seul ne peut pas s’insérer dans un groupe déjà formé.

 Il est primordial que réapparaissent les automatismes naturels (délimitation du territoire par le chant, épouillage, jeux…..) par le biais du groupe ou du couple.

 A cela, s’ajoutera une observation des capacités des individus à la réhabilitation et aussi une observation des accouplements.

 Au sujet de ces derniers, une difficulté particulière survient dans le cadre du Gibbon comme dans celui de plusieurs autres espèces de primates à savoir l’impact extrêmement douloureux de la captivité.

En effet, il arrive souvent que ce dernier perde tout ou quasi tout repère dans de telles conditions de vie, ce qui a pour conséquence la défaillance de l’instinct de pérennité de l’espèce.

Compte tenu de cela, la nécessité d’un service dit de « nursery » afin de pouvoir, en cas de naissance interne au sanctuaire, subvenir aux besoins vitaux des nouveaux-nés, non assumés par la mère qui, eux aussi, à leur tour et, après un processus de réhabilitation, seront relâchés en couple.

 Durant le processus de réhabilitation, les gibbons seront nourris de fruits : (bananes, papayes, pastèques, mandarines, ananas), de feuilles, d’œufs, de concombre, de carottes et de compléments en vitamines.

Lorsqu’ils ne descendront plus à terre pour se nourrir, ce sera le signe que la réhabilitation aura fonctionné et qu’ils seront aptes à être relâchés.

 A la fin du processus, le relâcher a pour objectif la pérennité de l’espèce et le recouvrement de la liberté pour les individus en question ; ce bien si précieux que l’Homme leur a volé…

2- LE RELACHER

 La réintroduction d’individus en forêt pose d’importants problèmes liés au contact belliqueux avec les populations sauvages.

En effet, il n’est pas rare que des attaques aient été observées (entraînant des blessures pouvant causer la mort). Ces facteurs expliquent, en grande partie, le petit nombre d’initiatives de réintroduction.

Mais ces difficultés ne doivent en aucun cas être un obstacle au projet car une rigueur et une attention de tous les instants ont déjà mené, dans d’autres initiatives, à des résultats plus qu’encourageants .

Ainsi, le programme de réintroduction doit faire face à des problèmes majeurs, comme la nécessité de respecter les individus concernés, les aspects sanitaires, et les populations sauvages. D’où la mise en place d’un protocole rigoureux et d’un suivi. Par ailleurs, il faut également penser le possible impact sur l’environnement.

Le processus du relâcher se partage en différentes étapes :

Préparation du programme de réintroduction en milieu naturel, permettant de définir la faisabilité du projet sur le site choisi à cet effet. Cela doit être suivi d’une expertise botanique et de la création d’un camp sur place.

Ensuite vient le relâcher en lui-même. On relâche le couple, de préférence muni de colliers émetteurs et qui aura subi au préalable une dernière série d’examens.

Puis le suivi des individus en milieu naturel (télémétrie) et observations éthologiques. Cette expertise et ce suivi sont nécessaires pour s’assurer du devenir des individus dans leur nouveau milieu. Ces suivis journaliers deviendront de plus en plus espacés au bout d’un certain temps.

Le collier émetteur permet de localiser les individus relâchés s’ils échappent au suivi visuel, ce qui sera certainement souvent le cas, vu leurs conditions de vie et les difficultés du terrain.

De manière générale, aucun apport de nourriture n’est nécessaire, mais un nourrissage s’imposera sûrement pour certains individus, durant la période critique suivant le relâcher, quand le stress les pousse à fuir dans des zones pauvres en nourriture ; ou encore dans le cas d’un animal. L’intérêt politique de réintroduction est de pouvoir, à terme, contribuer au renforcement
des populations sauvages.

2 Sensibilisation et aide à la culture durable.

Protéger les primates et la forêt tropicale ne peut se faire sans l’implication des populations locales. Sensibiliser doit faire partie intégrante de notre action et cela doit se faire à travers différents aspects de notre programme.

Un des éléments clefs de la protection est d’initier, par des actions de sensibilisation à la protection de la faune et de la flore, la population locale. D’une part, à destination de tous, d’autre part, plus particulièrement, des actions ciblées sur les enfants.

Une étude doit être réalisée au préalable afin de mieux comprendre les problèmes des populations et le concept de leur environnement naturel. Le but étant de réduire les pratiques dommageables pour l’environnement dans la zone.

Des panneaux de sensibilisation seront créés afin de mieux présenter les enjeux de notre action.

Par la suite, l’Association doit chercher à faire connaître son travail et ses résultats aux médias locaux.

Enfin, des visites de sensibilisation seront effectuées sur le thème de l’environnement.

Par ailleurs, nous tenons à nous concentrer sur la sensibilisation des enfants qui jouent et joueront un rôle plus qu’actif dans le développement de la mise en œuvre des projets en rapport avec les animaux et les primates, l’environnement et leur communauté. C’est dans ce but que des
représentations, des conférences, sur la forêt et les gibbons, seront réalisées auprès des écoles voisines, avec le développement de projets tels qu’une plantation d’arbres par les enfants.

Les présentations seront faites sous forme de films, de dessins ou encore d’un théâtre à marionnettes, l’objectif de ces présentations étant d’informer en priorité les enfants sur la richesse de leur environnement naturel, sur son importance et sur les menaces qui pèsent sur lui.

Mieux comprendre les gibbons et leur mode de vie aident à leur protection active.

En ce qui concerne le problème, non des moindres, de l’agriculture de subsistance, un partenariat, avec des spécialistes de la culture durable afin de trouver des alternatives de développement en accord avec la préservation des espaces forestiers, est d’ores et déjà amorcé.

                            3 Protection de la faune et de la flore.

Le Meghalaya manque terriblement de protection de ses espaces forestiers (parcs nationaux, réserves forestières, sanctuaires de vie sauvage) et si protection il y a, les manques, tant sur le plan matériel que financier et humain, sont énormes.

Les solutions que nous proposons sont les suivantes :

- Renforcement de la protection des Zones protégées.

- Amélioration des moyens donnés à ces fins (sur le plan humain, matériel, et financier)

- Extension des zones protégées aux dernières zones forestières restées sans protection.

Cela est la clef de voûte de la réussite d’une initiative de conservation car nous ne pouvons influer sur la pérennité de l’espèce que si nous bénéficions de zones suffisamment vastes et suffisamment protégées.

 V Conclusion.

Lorsque l’on découvre le Meghalaya, la notion de déforestation prend alors tout son sens. C’est pourtant l’un des états possédant l’un des plus grands espaces forestiers de l’Inde, les trous béants à l’intérieur de jungles denses, les déserts brûles et les fumées nombreuses s’élevant vers le ciel sont autant de témoignages frappant, visibles dans tout l’ Etat.

Le braconnage dû au manque de protection des espaces forestiers menace, un peu plus chaque jour, le Hoolock déjà devenu très rare et, avec lui, nombre d’espèces animales. Cependant, l’on a pu observer que l’éducation menait à une évolution positive des mentalités et nous avons recueilli nombre de témoignages concernant l’inquiétude de la disparition des forêts et de la faune. Une sensibilisation efficace a donc toutes les chances d’aboutir à de bons résultats.

Un travail effectif et sérieux en partenariat avec les spécialistes de la flore et de la faune est sans aucun doute nécessaire, porteur d’ espoir et de résultats sur le long terme.